Ré
– ncontre
« Si on allait dîner à Ars ce soir ? »
« Bonne idée mais il faudrait téléphoner pour réserver au Café du commerce »
« Et louer deux vélos supplémentaires pour le week-end ! »
Les oiseaux des marais accompagnèrent le bruit régulier de nos roues dans la quiétude du crépuscule ; un spectre harmonieux de couleurs se
réfléchissait sur les plans d’eau, le vent s’était couché et tout semblait apaisé, se préparait pour la nuit à venir. La nature retrouvait ses droits et nous y étions juste tolérés.
Instant d’éternité joyeux, moment de perfection saisi au temps, troublé ça et là par nos rires et nos cris.
Trop vite arrivés, quel dommage !
Mais un autre tendre bonheur se profilait au bout du village, en face du restaurant. Le port, tout à l’ouest baignait dans un coucher de soleil
orange qui semblait nous attendre.
Une scène de théâtre où les ombres chinoises des mâts des bateaux cliquetaient dans une danse rythmée. Mais la soirée était fraîche et nous
avions heureusement une table à l’intérieur.
Nous nous étions fait surprendre par la pluie le matin en revenant du marché et c’est tout naturellement que nous sommes rentrés dans la petite
crêperie le long du chemin de la maison à la grande joie des enfants. Je n’avais jamais goûté aux charmes de la crêpe au caramel salé un matin pluvieux de vacances à la mer…Quelle sensation
exquise…
A ma plus grande surprise, le soleil revenait toujours très vite, plus vite qu’on ne pouvait l’imaginer. On s’empressait alors de retourner sur
la plage qui prenait des allures de méditerranée, avec ses pins sur la côte et ce soleil intense et brûlant, qui nous rendaient amnésiques des dernières pluies…
C’est ainsi qu’allongée sur le sable-bijou, aux mille coquillages de l’atlantique, je surpris mon oreille se coller aux entrailles de l’île. Un
murmure fœtal m’a alors enveloppée pour me révéler, avec émotion, le concept d’‘Ici et maintenant’ et d’impermanence, si asiatique. Sentir le bonheur d’être là, vivante, tout simplement.
S’oublier dans la symphonie des couleurs de l’horizon, savourer cette lumière si particulière, cet équilibre si parfait de la terre et de l’eau, ce cordon virtuel qui nous relie à la nature
originelle, en toute humilité.
Le retour d’Ars dans la nuit noire, sur les chemins cahoteux sinuant entre marais salants et réserves d’oiseaux, et égayé par le petit blanc sec
du terroir,
signa pour toujours mon attachement à cette terre.
Nous y avons fait de nombreux enfants elle et moi: naissance de mes premières aquarelles, de mes premières pêches aux coques, vide-greniers,
achats de vareuses, incontournables pour le vent, longues randonnées à vélo, thalassothérapies, processions aux lampions du 15 août, courses quotidiennes de produits frais au marché, vacances
entre copains dans de grandes maisons…
Bienvenue à Ré, ma belle adorée !